Posture et Hara

Publié le 1 Septembre 2017

Qu’est-ce qu’une posture juste ?

 

PREMIERE PROPOSITION : la voix du saint selon Zhuang Zi

 

La capacité de concentration d’énergie et d’action directe ; agir avec moins d’effort pour plus d’efficacité

Ce premier principe du Hakko Ryu semble être partagé par de nombreuses disciplines, la formule favorite du créateur du judo (littéralement voie de la souplesse) ; Jigoro Kano était « Seiroku Zenyo » (meilleur usage de l’énergie) Le premier principe de l’école taoïste du Ling Bao Ming ; « Shi Ban Gong Bei » se traduit par « minimum d’effort pour le maximum d’effet ».[1] Ce principe est enraciné dans la pensée asiatique depuis bien longtemps, on en trouve trace dans un des textes les plus importants du taoïsme le Zhuang Zi, on attribue à Kung Fu Zi (Confucius) cette sentence en tout point semblable au premier principe du Hakko Ryu Ju Jitsu

« Agir avec le minimum d’effort et obtenir le maximum de résultats, telle est la voie du saint »

En utilisant le minimum d’effort musculaire et mental, l’énergie circule sans entraves. La dureté, les tensions freinent la circulation de l’énergie. C’est pour cela que nous trouvons ce principe dans ces différentes écoles traditionnelles alliant martial et santé. L’idée consiste à utiliser l’énergie (Qi ou Ki en japonais) plutôt que la force (LI)

 

 

DEUXIEME PROPOSITION : tranquille et généreux

 

Hara

ou Fukubu, ou encore Onaka (signifiant centre honoré), en chinois Fu (Ricci 1640) Ventre (considéré anciennement comme le réceptacle général des souffles qui constituent l’essence de l’homme)

 

Voici quelques qualités du Hara par Dürckheim[2] :

 

Ce qui est essentiel dans le caractère de l’homme et dans sa conception de vie
C’est le centre du corps humain
C’est le centre spirituel (le corps enveloppe l’esprit)
Hara no aru hito « l’homme ayant le centre »
Quelque chose de tranquille et de généreux

 

Les images contenues dans l’idéogramme nous donne : le pied qui gravit des marches, symbole de répétition + la chair. La chair épaisse qui se répète est celle d’un ventre bien rempli. Par extension, fond du cœur, pensée intime.

MDK p126[3]

 

Lorsque l’on possède un Hara développé, toute action, toute activité, tout art part du ventre, il s’agit du Haragei (art du ventre) Durckheim précise que le Hara n’est pas spécifiquement japonais, il considère cette recherche du centre (le Hara) comme une recherche universelle. Il précise encore et cela a son importance pour notre sujet : « Plus l’homme est ancré dans le Hara, plus il lui est facile d’être présent dans le hic et nunc. Il sera alors caractérisé, non par la dispersion, mais par la concentration, le recueillement. »

Ceci met en valeur l’importance des pratiques méditatives cherchant à développer la conscience du centre (le Hara ou Dantian en chinois ou centre de gravité pour l’Occident) Ces pratiques permettent au praticien de shiatsu de trouver ce centre et de le conserver, ceci lui ouvre la porte de Xu Xin (cœur vide) qui peut s’appuyer ainsi sur cette aisance physique et mentale consécutive à l’obtention du Haragei.

 

Centre de gravité et Hara

 

Définitions :

Le centre de gravité est le point où les forces gravitationnelles et ascendantes du corps s’équilibrent, il se situe à peu près au niveau de la troisième lombaire.

D’après Dürckheim le Tanden (en japonais) ou Dantian (en chinois signifiant champ de cinabre) est le centre de gravité qui se manifeste dans le Hara solidement acquis, Kikai étant le point sous le nombril (ou Qi Hai en chinois traduit par mère de l’énergie)

« Le centrage consisterait à tout organiser autour de ce point (le centre de gravité).
 Mais ce point n’est pas fixe car dès que l’on modifie une posture
sa position se trouve plus ou moins changée. Dans le mouvement,
 nous pouvons dire qu’il est en perpétuel déplace ment ;
 il suffit de mouvoir un bras pour que le centre prenne une autre position.
 Par un jeu de réactions réflexes d’adaptation à une nouvelle posture,
 le corps va réagir par l’action musculaire, 
en faisant adopter une nouvelle attitude 
qui vient conforter l’ensemble structurel dans son souci d’équilibre. »[4]

Le centre de gravité se déplace suivant la position du corps, il peut être plus ou moins bas suivant la posture ou la position. S’il en est ainsi le centre de gravité et le Hara peuvent donc ne pas coïncider suivant les positions corporelles.

 

Notion d’axe :

Le Hara ne représente pas uniquement le centre de gravité, il appartient aussi à l’axe corporel. A partir de celui-ci, s’ordonnent tous les mouvements du tronc et des membres. Ceux-ci utiliseront un effort moindre pour se développer, nous retrouvons là l‘esprit contenu dans le principe : « minimum d’effort, maximum d’efficacité »

Équilibre/déséquilibre

« L’équilibre chez l’être humain est un déséquilibre permanent, sans cesse réajusté… »[6]

Quelques définitions :

 

Equilibre :

La verticale (axe corporel présumé) qui passe par le centre de gravité est à l’aplomb de la surface d’appui appelée surface de sustentation sur laquelle reposent les pieds.

Perte d’équilibre :

Il y a perte d’équilibre si la projection de cette verticale sort de la surface de sustentation :

 

en station debout, cette zone est délimitée par les deux pieds
en position assise cette zone est délimitée alors par les points d’appui du corps au sol

 

L’homme statique :

La convergence de deux forces se résout au niveau du centre de gravité ; la première force provient du bas, elle est ascendante réagissant à la pesanteur, la seconde force est descendante, elle provient du maintien de l’équilibre de la tête (horizontalité du regard) Le phénomène vie se caractérise par le mouvement et va donc à l’encontre de cette stabilité.

L’homme en mouvement sans déplacement :

La convergence des deux forces ne coïncident pas avec le centre de gravité, ce léger décalage offre une possibilité de mouvement sans que l’équilibre ne soit rompu.

 

Tout mouvement du corps même le plus tenu crée un déséquilibre. L’équilibre est donc un perpétuel déséquilibre...

 

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[1] Traité d’énergie vitale G.Charles p 140/141

[2] Hara centre vital de l’homme Karlfried Graf Dürckheim

[3] Mémento et dictionnaire des Kanji J.C Martin, en simplifiant pour ne pas charger le texte, j’indiquerai à chaque fois MDK pour ce livre.

[4] P 20 Yangjia michuan taiji quan tome 2 C.Jeanmougin

[5] P 83 Le livre du dos G.Roulier

[6] P 22 yangjia michuan taiji quan Tome 2 C.Jeanmougin

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(extrait de Posture et Shiatsu mémoire de T.Lambert rédigé au cours de sa formation auprès de l'ARTEC)

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Rédigé par Thierry Lambert

Publié dans #Postures

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