Les ancêtres de la médecine chinoise ; FU XI

Publié le 24 Juin 2017

La médecine chinoise puisse ses racines dans les temps antiques, rien ne vient attester de l'existence réelle des inventeurs de la médecine chinoise, ceci relève des mythes de la Chine ancienne. La création ou la découverte des trigrammes, l'utilisation des plantes comme remèdes et l'utilisation des poinçons de pierre pour agir sur les points d'énergie ont été attribuées à trois personnages légendaires des temps mythiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

FU XI ; LE PREMIER DES TROIS AUGUSTES

Fu Xi serait à l'origine de la chasse, de la pêche, de la cuisson des aliments, de l'élevage, des constructions des maisons, du calendrier, de l'utilisation des métaux, des cordes nouées et des trigrammes. Au sujet de l''invention de ces trigrammes, deux thèses différentes semblent s'opposer, la tradition raconte que Fu Xi reçut du ciel par l'intermédiaire d'un cheval-dragon un tableau qui lui permit de créer les trigrammes. La deuxième provient du Yi Jing ; dans le grand commentaire (Da Zhuan) est exposé l'histoire de la civilisation chinoise en rapport avec les hexagrammes du Yi Jing dans laquelle Fu Xi fait figure de fondateur de la nation chinoise où son sens d'observation et son esprit pénétrant s'unissent pour mettre en forme les trigrammes.

 

 

L'INFLUENCE DU CIEL ; LE TABLEAU DU FLEUVE

Fu Xi aurait reçu d'un cheval dragon le He Tu (le tableau du fleuve), symboliquement l'apparition d'un dragon annonce une bonne nouvelle ou un changement très bénéfique.

L'étymologie de l'idéogramme Tu nous indique ceci (Wieger76 F) : Les combinaisons qu'il faut faire dans sa tête pour arranger son grenier quand on a plus de grains qu'on ne peut en loger. Sens étendu ; Méditer Combiner Projeter Plan calcul

L'idéogramme Tu n'a pas seulement le sens de plan ou de tableau mais aussi celui de réfléchir, de combiner, ou de créer quelque chose avec l’esprit. Nous verrons plus loin que la contemplation du diagramme du He Tu a inspiré à Fu Xi la création des trigrammes, la combinaison des traits pleins et discontinus. Tout n'a pas été donné par le ciel, l'influence céleste a sans conteste favorisé une création humaine en offrant le tableau du fleuve au fondateur de la nation chinoise mais celui-ci a su à partir des données du ciel créer un système de classification à partir des nombres, du ciel, et de la terre.

Philastre voyait dans ce cheval dragon le symbole du lever du soleil (le dragon) son coucher (le cheval) dans les figures du tableau (les points ronds noirs ou blancs) des astres et constellations et dans les trigrammes les phases de la lune. Pour lui la base fondamentale du Yi Jing est une observation astronomique !

Voici à quoi ressemble le tableau tel que les néo-confucianistes l'ont présenté sous la dynastie des Song (960-1279) Ce tableau était composé de figures ; points ronds blancs ou noirs groupés dans un certain ordre.

C'est l'origine des cinq éléments à partir des nombres pairs et impairs :

L'eau au nord naît du 1 du ciel qui s'associe au 6 de la terre
Le feu au sud naît du 2 de la terre qui s'associe au 7 du ciel
Le bois à l'est naît du 3 du ciel qui s'associe au 8 de la terre
Le métal à l'ouest naît du 4 de la terre qui s'associe au 9 du ciel
La terre naît du 5 du ciel qui s'associe au 10 de la terre

Ce tableau est l'association de deux systèmes de pensée, l'un issu du Yue Ling (traité sur le calendrier) qui indique l'emplacement que le fils du ciel (l'empereur) doit occuper quand il édicte les ordonnances mensuelles sur l'emplacement du Ming Tang (bâtiment à cinq salles disposées en croix) ceci en suivant les saisons ; les nombres étant associés aux saisons. L'autre système est issu du Hong Fan qui associe les nombres aux éléments ; eau, bois, feu, terre, métal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA CREATION DES TRIGRAMMES ; FU XI OBSERVE ET CREE

 

Alors que dans les temps anciens Fu Xi gouvernait le monde,
 il leva les yeux et contempla les images issues du ciel,
 il abaissa les yeux et contempla les phénomènes de la terre.
 Il contempla les signes des oiseaux et des animaux
 et constata leur adaptation aux régions. Il procéda
 directement à partir de lui-même et indirectement
 à partir des choses. Il inventa ainsi les huit trigrammes
 pour entrer en connexion avec les vertus
 des dieux lumineux et classer les conditions
 de tous les êtres. (Le grand commentaire
, chapitre II histoire de la civilisation §1)

Ici point de révélation par un animal messager du ciel (un dragon ou une licorne), Fu Xi observe, s'imprègne des choses au-dessus de lui, en dessous, en lui et autour de lui. Ces observations le pousse à inventer les trigrammes donnant aux humains la possibilité de communiquer avec le ciel.

Il fit des cordelettes nouées et les utilisa 
comme filets et comme nasses
 pour la chasse et la pêche.
 Il tire probablement cette invention
 de l'hexagramme CE QUI S'ATTACHE
 (le grand commentaire chapitre II
 histoire de la civilisation §2)

 

 

 

Image de l'hexagramme n°30 Li

 

Le dessin formé par l’hexagramme aurait suggéré à Fu Xi l'invention des cordelettes nouées, donc de la chasse et de la pêche (l'hexagramme qui est partagé à l'intérieur et fermé à l'extérieur est l'image des mailles d'un filet dans lequel les animaux restent attachés)

 

IMAGE ET YIN YANG

L'origine des trigrammes provient du Taiji, celui-ci laisse apparaître plusieurs images ; la poutre faîtière, et le clair et le sombre.

La poutre faîtière

 

Ji est originellement une poutre faîtière


 

Il s'agit d'un simple trait

A partir cette unité, la dualité apparaît à travers les opposés tels que le haut et le bas, la droite et la gauche, le devant et le derrière. Ces opposés sont devenus ensuite le yin et le yang.

Le clair et le sombre

Le yin yang exprime aussi l'image de deux vallées, l'une exposée au Sud correspond au clair, l'autre exposée au Nord correspond au sombre. Ces images donneront naissance au diagramme du yin yang. Notons qu'ici aussi, nous trouvons une rivière qui délimite les deux vallées, certainement le fleuve jaune qui a vu naître la nation chinoise.

LES TRIGRAMMES

 

Le grand premier commencement (Tai Ji)

 

engendre les deux puissances fondamentales (Yi) :

 

le yin (l'obscur)

 

le yang (le lumineux)

Les deux puissances fondamentales engendrent les quatre images (Xiang)

le vieux yang ou grand yang (tai yang) correspond à la saison de l'été

 

le vieux yin ou grand yin (tai yin) correspond à la saison de l'hiver

le jeune yang ou petit yang (shao yang) correspond à la saison du printemps

le jeune yin ou petit yin (shao yin) correspond à la saison de l'automne

Les quatre images engendrent les huit trigrammes (Gua)

 

(Da Zhuan le grand commentaire chapitre XI § 5)

 

 

YI JING ET MEDECINE

 

Le maître dit : « Reconnaître les germes est assurément divin.
 L’homme noble ne flatte pas dans ses rapports
 avec les supérieurs, il n’est pas arrogant dans
 ses rapports avec les inférieurs. Il connaît assurément
 les germes. Les germes sont le premier,
 l’imperceptible commencement du mouvement,
 la première trace de fortune (ou d’infortune) 
qui se manifeste. L’homme noble voit les germes
 et agit aussitôt. Il n’attend pas le jour entier." 
(Da Zhuan, le grand commentaire chapitre IV § 11)

 

A. Cheng met en évidence dans son chapitre consacré à « l’infime amorce », l’importance donnée aux germes des événements. Dans le Yi Jing, Kong Fu Zi (Confucius) insiste sur le terme Ji signifiant annonce d’un changement, ce terme est très proche de Yi du Yi Jing qui se traduit par mutations. Le Yi Jing permet par la pratique divinatoire d’entrer en contact avec le « sans- forme », cette acuité permet de discerner les germes des actions ou des événements futurs.

 

C’est ce que cherche le médecin chinois, il scrute à travers les signes les plus tenus, les plus petits les germes d’un trouble ou d’une maladie avant qu’elle ne soit installée. Agir avant que le mal ne s’installe, savoir reconnaître les germes de la maladie tels sont les préoccupations du médecin chinois, en cela il se rapproche du sage.

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SOURCES :

Caractères chinois Wieger

Dictionnaire français de langue chinoise Ricci

Histoire de la pensée chinoise A. Cheng

La pensée chinoise M.Granet

Les signes et les mutations Wang Dongliang

Le Yi king traduit par Philastre

Yi King R.Wilhem

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Rédigé par Thierry Lambert

Publié dans #Histoire et tradition

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